PicSat, le nanosatellite français et sa jeune étoile - LaMinuteInfo

PicSat, le nanosatellite français et sa jeune étoile

De la taille d’une bouteille d’eau, le nanosatellite français PicSat, lancé vendredi avec succès par une fusée indienne, va pouvoir observer depuis l’espace une jeune étoile Beta Pictoris et son exoplanète, pour un coût très modeste.

PicSat, qui a une masse de 3,5 kg, a été placé sur une orbite polaire à 505 km au-dessus de la Terre par le lanceur PSLV de l’agence spatiale indienne.

Equipé d’un télescope miniaturisé de 5 cm de diamètre, ce nanosatellite a été conçu et développé dans le laboratoire Lesia de l’Observatoire de Paris-PSL. Il est opéré depuis le site de Meudon de l’institution et est prévu pour fonctionner un an. Sa consommation électrique, d’environ 5 Watts, équivaut à celle d’une ampoule économique.

“C’est une sorte de Hubble miniature”, déclare à l’AFP Sylvestre Lacour, chercheur CNRS à l’Observatoire de Paris-PSL et responsable scientifique de la mission.

Vendredi matin, l’équipe de PicSat a établi la communication avec le satellite lors de son premier passage au-dessus de l’Europe.

“Nous lui avons parlé, il nous a répondu”, indique Sylvestre Lacour. “C’est une première étape de franchie avec succès”.

“Nous allons nous attacher maintenant à la partie scientifique. Nous avons bon espoir de pointer l’étoile Beta Pictoris dans les prochains jours”, a-t-il ajouté.

Située dans notre galaxie à seulement 63,4 années-lumière de la Terre et visible depuis l’hémisphère sud, Beta Pictoris est une étoile très jeune et très brillante.

Agée de 23 millions d’années, elle est entourée d’un grand disque de poussières, de gaz et de débris rocheux, vestige du nuage primitif qui a donné naissance à l’étoile.

En 2009, une équipe française a découvert dans ce système planétaire une planète gazeuse géante, Beta Pictoris b. Elle est sept fois plus massive que Jupiter et tourne autour de son étoile à 1,5 milliard de kilomètres de distance.

Vue de la Terre, Beta Pictoris b devrait passer devant son étoile dans le courant de l’année 2018 mais les astronomes ne savent pas précisément quand.

– Projet collaboratif –

L’analyse de ce passage ou “transit” devrait permettre de déduire la taille exacte de l’exoplanète, l’étendue de son atmosphère et sa composition chimique.

Pour ne pas louper ce précieux “transit” qui se reproduirait tous les 18 ans, les scientifiques ont eu l’idée de construire un mini-observatoire spatial dévolu à cette étoile afin de pouvoir la surveiller 24 heures sur 24.

PicSat appartient à la famille des “CubeSats”, constitués de l’assemblage de plusieurs modules cubiques de 10 cm de côté. Développés au départ par les université américaines à des fins pédagogiques, ils sont de plus en plus en vogue.

PicSat mesure 10 X 10 X 30 cm, “la taille d’un coffret de champagne”, selon Sylvestre Lacour.

Développée en trois ans seulement, la mission, qui a reçu un financement européen, mobilise un budget de 1,5 million d’euros seulement.

“Nous ne sommes pas certains à 100% que le transit va se produire car l’orbite de Beta Pictoris b est encore mal connue”, prévient Sylvestre Lacour.

“Une mission spatiale classique, qui coûte très cher, ne pourrait pas prendre ce risque”, relève-t-il. “C’est tout l’intérêt des CubeSats. Si on voit le transit, très bien. Sinon, nous observerons des objets secondaires annexes autour de l’étoile”.

Autre avantage de cette technologie: “une mission spatiale classique met environ 30 ans à se réaliser. Et les chercheurs sont presque à la retraite quand elle se fait. Là, cela ne nous a pris que trois ans”.

“Dans mon laboratoire, nous essayons de pousser une nouvelle génération de missions spatiales à bas prix, se déroulant sur un temps limité”, indique-t-il.

Autre originalité de la mission PicSat: elle transmet sur les fréquences radioamateurs. Toute personne disposant d’un minimum d’équipement de réception radio peut écouter les transmissions entre le satellite et la station au sol.

“Nous voulons en faire un projet collaboratif” car les radioamateurs peuvent aider à suivre le satellite et à recueillir ses données, note Sylvestre Lacour.

Toute personne intéressée peut s’inscrire sur le site PicSat.obspm.fr.

Source: AFP

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