Athlétisme: Diniz, un feuilleton à lui tout seul - LaMinuteInfo

Athlétisme: Diniz, un feuilleton à lui tout seul

Yohann Diniz, c’est une dégaine, celle du marcheur souvent objet de quolibets, une philosophie de vie et une montagne russe de triomphes et d’effondrements au cours d’une carrière digne d’un feuilleton à rebondissements.

Plus que ses succès -trois titres continentaux consécutifs avant le titre mondial à Londres -, son Golgotha aux Jeux de Rio a marqué les esprits.

Jusqu’au bout de ses forces et dans l’esprit olympique, Diniz avait tenu à terminer, huitième finalement sous la banderole d’arrivée, ultime station de son chemin de croix.

La lumière et puis les ténèbres. Jusqu’à mi-course, le Champenois s’était baladé deux minutes devant ses premiers poursuivants. Mais des problèmes intestinaux sévères l’avaient fait redescendre sur terre. Pris de malaises, Diniz s’était écroulé et relevé plusieurs fois.

– Rédemption –

Que de chemin parcouru et de semelles usées depuis qu’il a découvert la marche, il y a une vingtaine d’années. Comme une rédemption d’une adolescence difficile passée auprès de ses grands-parents paternels.

“Le père de mon père, qui venait du Portugal après un passage par le Brésil, possédait un bout de vignoble. Il avait joué au foot à Epernay, en troisième division. Ma grand-mère Roberte me racontait des épisodes de la résistance”, explique Yohann. “L’autre grand-père était délégué syndical CGT chez De Castellane (champagne). Il m’emmenait aux défilés du 1er mai. J’aidais à vendre du muguet”.

“J’adorais tous les sports car j’étais dehors. Au collège, j’ai pratiqué le handball, le football. Mais, déjà, la mentalité du foot ne me plaisait pas”, poursuit-il.

C’est après avoir décroché un emploi-jeune que Diniz prend conscience qu’il est en train “de gâcher (sa) vie” et ses possibilités physiques inexploitées.

“J’avais goûté à de nombreux sports dans ma jeunesse mais je n’avais toujours rien fait de notable à 22 ans. J’ai alors fait une sorte de bilan et je me suis remis au sport. Au lycée, sans entraînement, j’avais couru un 1500 m en 4 min 10 sec, en hors piste et ce n’était pas que plat. En 2001, j’avais aussi participé à un Raid Aventure dans l’Etat de Rio au Brésil, 1000 km en 6 jours.”

“Je suis allé voir les Championnats du monde d’athlétisme à Paris (2003) et j’ai eu le déclic en me disant: +je pourrais être à la place des champions+”, assure-t-il.

Pourtant, sur la route de la résurrection, les embûches ne vont pas manquer. “J’aurais pu être largement aux Jeux d’Athènes. J’ai été victime d’une grosse injustice. L’année suivante, aux Mondiaux d’Helsinki, je pouvais déjà faire un podium. Mais je ne savais pas encore bien me situer dans la hiérarchie et je voulais aussi attendre Denis (Langlois, également son entraîneur)”.

– Précurseur –

Précurseur, sorte de Saint-Jean-Baptiste revisité par Jacques Tati, le “fou marchant” a fait redécouvrir que nos aïeux avaient depuis toujours pratiqué un sport sans le savoir, la marche.

Yohann s’est impliqué pour que la brusque notoriété de la discipline, due à la conquête sous la pluie de son premier titre européen en 2006 à Göteborg, ne soit pas un feu de paille.

Le phénomène Diniz était aussi arrivé au bon moment, profitant de l’absence de leaders charismatiques au sein d’un athlétisme français longtemps condescendant avec ces +barjots du bitume+ et leur drôle de déhanchement.

Son équipementier, qui “avait besoin de se relancer dans le running et le hors stade”, y a trouvé son compte. La Poste aussi, qui a fait du Marnais un ambassadeur, en clin d’oeil aux facteurs marcheurs.

Le bonhomme n’a pas son pareil pour capter l’air du temps, précurseur aussi de la demande en mariage en public, un an avant Raymond Domenech, sélectionneur de l’équipe de France de football.

Source: AFP

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