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La dégradation du climat social chez Carrefour inquiète jusque chez Casino

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Les rumeurs de fusion entre Carrefour et Casino vont bon train, mais salariés et syndicats du groupe Casino se sont déclarés fermement opposés à l’idée, redoutant une casse sociale d’une ampleur inédite. Chronique d’une contagion à éviter à tout prix.

L’année 2018 ressemble à une véritable saignée chez Carrefour. Une saignée sociale bien organisée par la nouvelle direction. En janvier dernier, Carrefour a en effet présenté un plan menaçant de destruction 5000 emplois, et a scellé entre autres le sort des derniers magasins de l’enseigne Dia : les fermetures seront effectives dès 2018, et cette promesse se réalise très vite.

En juin dernier, les syndicats tirent la sonnette d’alarme, considérant que la direction fait tout son possible pour torpiller d’éventuelles reprises de magasins et pour dégoûter les salariés en leur proposant des reclassements à l’autre bout de la France. « Nous avons trouvé des repreneurs, mais l’enseigne refuse d’échanger avec eux avant fin juin, c’est lamentable », déplorait Bernard Sprotti, maire de Breuillet dans l’Essonne, début juin. Les syndicats, bien représentés dans la grande distribution et chez Carrefour, se mobilisent, et dénoncent la fermeture programmée de 227 points de vente. Avec, entre les lignes, plus de 2100 emplois directement menacés. La situation tourne vite au vinaigre. « Carrefour a racheté les magasins Dia en 2014 pour éviter qu’ils ne partent à la concurrence, rappelle la CGT dans l’un de ses tracts nationaux. Comment croire qu’ils allaient ensuite tout faire pour céder ces magasins à des enseignes concurrentes en 2018 ? Compte tenu des propositions a minima de la direction pour reclasser les salariés, tout porte à croire qu’ils veulent en réalité se débarrasser d’un maximum d’entre eux. »

« Qu’ils aient été annoncés, mis en œuvre ou validés, les plans sociaux n’ont pas connu de trêve pendant l’été », constate quant à lui le syndicat FO (Force Ouvrière) dans un communiqué début octobre. Et cela s’est vérifié partout en France, comme en Normandie par exemple. A Coutances dans la Manche, l’inquiétude est toujours vive, les salariés – concernés par les 1300 premières suppressions d’emploi liées à la fermeture des magasins Dia – ayant passé l’été sans avoir encore reçu leur lettre de licenciement. « Le PSE (Plan de sauvegarde de l’emploi) a été bien négocié, affirme la syndicaliste de Force Ouvrière Christine Trillion, mais Carrefour n’a pas joué le jeu dans les propositions de reclassement. Une caissière de Périers, dans la Manche, s’est vu proposer un poste à Marseille. C’est n’importe quoi ! Beaucoup d’offres ont ainsi été refusées. » Au siège national de Carrefour comme dans les antennes régionales, la défiance règne.

Une direction « sans états d’âme »

Et il n’y a pas que la situation des ex-Dia qui suscite l’inquiétude des professionnels du secteur. Mais comme cela arrive parfois, les syndicats avancent en ordre dispersé. La CGT regrette ouvertement que d’autres syndicats facilitent les suppressions de poste. « Certains syndicats ont validé la suppression de 320 postes dans les services administratifs chez Carrefour et 175 postes dans les stations-service. Merci FO, CFDT et CGC ! », regrette la Confédération générale du travail. Si, sur certains dossiers, ces syndicats ne parlent pas d’une seule et même voix, la plupart s’accorde sur un point : la direction de Carrefour est une « direction sans états d’âme ».

Le début de l’été 2018 a donc été chaud chez Carrefour. « Le gouvernement doit faire revoir à Carrefour la copie de son plan de licenciement, poursuit la CGT. Le 4 juin sera le jour d’enterrement de tous les magasins ex-Dia. La pilule est dure à avaler pour les salariés qui vont se retrouver sans emploi, et pour les clients sans supermarché de proximité. Pendant ce temps, les hauts dirigeants de Carrefour s’attribuent +78% d’augmentation de salaire en 2017 contre +0,4% d’augmentation pour les salariés ! » Autre motif d’inquiétude : la fermeture annoncée de commerces parallèles, comme les stands MyDesign présents dans les hypermarchés Carrefour (le groupe est propriétaire à 50% de cette marque). Raison officieuse : ces espaces ne seraient pas assez rentables. Résultat net : 71 salariés licenciés. « Des milliers de salariés ont perdu leur emploi ces derniers mois. Le commerce et le milieu de la grande distribution ont dégraissé leurs effectifs, et prévoient d’autres départs dans les mois à venir », affirment les syndicats.

Le torchon brûle à tous les étages et, dans le monde de la grande distribution en France, les concurrents scrutent attentivement ce qui se passe chez le nº2 français du secteur. En particulier chez Casino, nº4 français de la grande distribution, dans le collimateur du groupe Carrefour.

Tentative de rapprochement

En effet, en septembre, la rumeur enfle : Carrefour songerait à lancer une OPA hostile sur l’entreprise-phare de Saint-Etienne. Les 23 et 24 septembre, les deux entreprises se lancent dans une bataille de communiqués. Pour se protéger, Casino applique l’adage selon lequel la meilleure défense, c’est l’attaque : le groupe réunit d’urgence son conseil d’administration un dimanche soir, et affirme que le groupe n’est pas à vendre. Dans son communiqué, le conseil rappelle « sa totale confiance dans la stratégie créatrice de valeur de Casino. Nous sommes déterminés à mener toutes les actions nécessaires pour défendre l’intérêt social et l’intégrité du groupe ». Casino a son rival Carrefour en ligne de mire, mentionnant une « tentative de rapprochement » faite alors que « le titre Casino fait l’objet de manipulations spéculatives coordonnées à la baisse d’une ampleur inédite depuis plusieurs mois ». Chez Carrefour, ce communiqué ne passe pas.

Outré par les accusations de son concurrent, Carrefour se fend d’un communiqué à 3h56 du matin : « Les difficultés auxquelles sont confrontés le groupe Casino et son actionnaire de contrôle ne peuvent justifier des communications intempestives, trompeuses et dénuées de tout fondement », s’offusque le nº2 français, dénonçant des « insinuations insupportables ». La direction du groupe « dément avoir sollicité Casino », assurant mordicus que « cette proposition de rapprochement n’existe pas ». Cité par Ouest-France, un expert de la grande distribution, sous couvert d’anonymat, analyse la situation : « On ne convoque pas un conseil d’administration sur la base de rumeurs, donc c’est qu’il y avait quelque chose de sérieux. Je ne vois pas l’intérêt d’inventer un truc comme ça, ni de la part de Carrefour qui n’a pas les moyens d’acquérir une telle cible, au capital complexe, ni de la part de Casino qui venait tout juste de rassurer les marchés sur son financement. » Car au même moment, Casino se donnait une bouffée d’air frais, le holding contrôlant la société venant de décrocher une ligne de crédit de 500 millions euros auprès de cinq banques françaises.

« Pas la même culture »

Dans les coulisses, le son de cloche est tout autre. « Cette guerre entre Casino et Carrefour ne m’étonne pas, mais les deux entreprises sont trop différentes, elles n’ont pas la même culture, explique un autre analyste du secteur, sous couvert d’anonymat. Le management de Casino est basé sur l’indépendance et la flexibilité des franchisés, les deux entités ne pourraient pas cohabiter sans qu’il y ait beaucoup de casse sociale. Cela remettrait surtout en cause les qualités opérationnelles de Casino, en France comme à l’étranger où le groupe est bien implanté. Sans parler des complications en termes de concurrence et d’emplois. »

Les salariés de Casino, eux, craignent une contagion et ne veulent pas subir les mêmes plans sociaux que leurs confrères de chez Carrefour. D’autant plus qu’une fusion avec Carrefour signifierait mécaniquement des suppressions d’emplois, en premier lieu au siège social de l’entreprise à Saint-Etienne. « Une fusion, c’est beaucoup de travail, donc ce n’est peut-être pas le bon moment pour Carrefour de se lancer dans un chantier compliqué », conclut Yves Puget, directeur de la rédaction du site web d’informations commerciales LSA-Conso. A méditer.

NOTE: Dans le but d’élargir son champ d’action, LaminuteInfo s’ouvre au journalisme citoyen. L’objectif de la politique éditoriale est d’essayer  désormais de publier des actualités concernant des événements ou faits objectifs, vérifiables et autant que possible inédits. Si vous avez des informations à partager avec les autres, alors soumettez les pour publication ICI

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Gillette diffuse un pub très engagée qui déclenche la polémique

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La masculinité toxique en cause.

Des scènes de harcèlement, de brutalité, de misogynie, … La marque de rasoir a publié cette semaine une nouvelle campagne de publicité très engagée. Surfant sur le mouvement « Mee Too », Gillette propose aux hommes de changer de comportement. Une vidéo qui reprend les mêmes codes que leur clip diffusé en 1989, lors du Super Bowl, dont leur célèbre slogan « The Best Men Can Be » (ce que l’homme peut être de mieux), en y ajoutant 30 ans plus tard un point d’interrogation. Mais en 2019, la thématique résonne très différemment et leur communication courageuse a été accueillie avec beaucoup moins d’engouement par le public.

Est-ce vraiment ce que l’homme peut être de mieux ? Vraiment ? Nous ne pouvons pas l’ignorer. Cela dure depuis trop longtemps. Nous pouvons en rire, donner les mêmes excuses. Les hommes seront toujours des hommes. Mais des choses ne finissent pas changer. Dites juste ce qu’il faut. Agissez comme il le faut. Certains le font déjà. Certains font de grands gestes, ou des plus petits. Mais ce n’est pas suffisant. Parce que les garçons qui nous regardent aujourd’hui seront les hommes de demain.

Publicité Gillette

Plusieurs internautes masculins se sont sentis insultés par cette publicité. Beaucoup ont même fait savoir qu’ils boycotteraient désormais les produits de la marque. De plus, malgré plus de 17 millions de vues actuellement, la vidéo cumule plus de 870 000 avis négatifs contre seulement 450 000 likes sur Youtube. Le journal ultra-conservateur The New American a également vivement critiqué Gillette en écrivant que la campagne reposait sur « de fausses suppositions ». L’acteur américain James Wood s’est lui aussi indigné, sur Twitter, annonçant qu’il n’utiliserait plus les rasoirs de Gillette. Enfin, et c’est plus des surprenant, quelques féministes taclent aussi la campagne, à l’image de la journaliste de The Independent, Sirena Bergman, jugeant la publicité tout bonnement simpliste.

La discussion est importante et en tant que société qui encourage les hommes à être au top, nous nous sentions obligés d’en parler et d’agir. Nous avons regardé, de manière réaliste, ce qui se passe aujourd’hui et avons pour objectif d’inspirer des changements.

Extrait du communiqué de Pankaj Bhalla, directeur de la marque Gillette pour l’Amérique du Nord

Gillette a précisé que le spot avait pourtant été réalisé d’après un sondage national américain pour détecter les attitudes considérées comme les plus positives pour les hommes. Sur le site internet dédié à cette campagne, la marque assure donner un million de dollars par an, pendant 3 ans, afin de soutenir des associations qui se consacrent à une meilleure éducation des hommes.

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Hyundai et Kia : Risques d’incendie 168 000 véhicules américain

Hyundai et Kia publient un nouveau rappel américain de 168 000 véhicules pour risques d’incendie

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Kia Et ...

Hyundai Motor Co (005380.KS) et sa filiale Kia Motors Corp (000270.KS) ont annoncé mercredi qu’ils allaient rappeler environ 168 000 véhicules américains présentant un risque de fuite de carburant, après les avoir rappelés en 2017 pour les risques d’incendie moteur, et proposer des mises à niveau logicielles pour 3,7 millions de véhicules. Un tuyau de carburant haute pression peut avoir été endommagé ou mal installé dans le cadre du remplacement d’un moteur lors du rappel précédent, et cette installation pourrait augmenter les risques d’incendie, ont indiqué les deux sociétés. Les constructeurs automobiles coréens ont déclaré que la mise à jour du logiciel visait à protéger les véhicules des dommages internes, et qu’ils offriraient également de nouvelles garanties prolongées pour les problèmes de moteur. Le logiciel «Knock Sensor» détecte les vibrations indiquant le début d’une usure excessive du roulement de la bielle. Kia a déclaré que 20% des véhicules impliqués avaient déjà reçu la mise à jour. Le nouveau rappel concerne 68 000 véhicules Kia Optima, Sorento et Sportage différents des modèles 2011 à 2014, tandis que Hyundai a indiqué qu’il concernait 100 000 véhicules Hyundai Sonata 2011-2014 et Hyundai Santa Fe Sport 2013-2014.



 

Les constructeurs automobiles coréens ont déclaré que la mise à jour du logiciel visait à protéger les véhicules des dommages internes, et qu’ils offriraient également de nouvelles garanties prolongées pour les problèmes de moteur. Le logiciel «Knock Sensor» détecte les vibrations indiquant le début d’une usure excessive du roulement de la bielle. Kia a déclaré que 20% des véhicules impliqués avaient déjà reçu la mise à jour. Le nouveau rappel concerne 68 000 véhicules Kia Optima, Sorento et Sportage différents des modèles 2011 à 2014, tandis que Hyundai a indiqué qu’il concernait 100 000 véhicules Hyundai Sonata 2011-2014 et Hyundai Santa Fe Sport 2013-2014.

 

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L’OPEP tend à limiter l’offre

Avant le début du nouveau pacte pétrolier, l’OPEP a progressé pour éviter la surabondance

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L’OPEP a annoncé jeudi avoir réduit fortement sa production de pétrole en décembre avant l’entrée en vigueur d’un nouvel accord visant à limiter l’offre, suggérant que les producteurs ont bien commencé à éviter une nouvelle surabondance. L’Organisation des pays exportateurs de pétrole a indiqué dans un rapport mensuel que sa production de pétrole avait chuté de 751 000 barils par jour (bpj) en décembre, en raison de réductions opérées par l’Arabie saoudite, la Libye et l’Iran. Inquiets de la baisse des prix du pétrole et de la hausse des disponibilités, l’OPEP et ses alliés, dont la Russie, ont convenu en décembre de revenir à une réduction de la production en 2019. Ils se sont engagés à réduire la production de 1,2 million de bpj, dont la part de l’OPEP est de 800 000 bpd. La réduction de décembre est la plus forte baisse mensuelle de l’offre de l’OPEP depuis janvier 2017. Cela signifie que si l’OPEP mettait pleinement en œuvre la nouvelle mesure du 1er janvier, elle éviterait de créer un excédent sur le marché susceptible d’affaiblir les prix. L’OPEP s’attend à un ralentissement de la demande mondiale de pétrole cette année, même s’il était plus optimiste qu’il y a un mois quant au soutien de la conjoncture économique et a fait état d’un meilleur climat sur le marché du pétrole, où les prix ont rebondi au-dessus de 60 dollars le baril. « Tandis que le risque économique reste à la baisse, la probabilité d’un ralentissement du resserrement monétaire devrait ralentir la décélération de la croissance économique en 2019 », a déclaré l’OPEP.«Cela s’est récemment reflété sur les marchés financiers mondiaux. L’effet positif sur le sentiment du marché a également été observé sur le marché du pétrole », a-t-il déclaré. L’OPEP a déclaré que la demande de son pétrole brut en 2019 tomberait à 30,83 millions de bpj, soit une baisse de 910 000 bpj par rapport à 2018, alors que ses concurrents en gonflaient davantage et que le ralentissement de l’économie ralentissait la demande. Ce chiffre a été réduit d’environ 600 000 barils par jour pour refléter la sortie du Qatar de l’OPEP. Donner la réduction de 800 000 b / j par rapport au niveau de décembre devrait signifier que le groupe pomperait un peu moins que la demande attendue pour son brut cette année et éviterait ainsi un excédent.



 

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