La Première ministre serbe, lesbienne, à la Gay pride de Belgrade - LaMinuteInfo

La Première ministre serbe, lesbienne, à la Gay pride de Belgrade

La Première ministre serbe, Ana Brnabic, ouvertement lesbienne, a rejoint dimanche à la Gay pride de Belgrade qui se déroule sous haute surveillance policière, sept ans après les violences homophobes qui avaient fait plus de 100 blessés au défilé arc-en-ciel dans la capitale serbe.

En poste depuis juin, Mme Brnabic, 41 ans, est le premier chef d’un gouvernement du pays balkanique qui participe à une Gay pride.

« Le gouvernement de la Serbie est là pour tous les citoyens, aussi bien pour la majorité que pour les minorités, pour montrer qu’il respecte la diversité », a déclaré Mme Brnabic, citée par l’agence Beta, à son arrivée sur le place des Fleurs, où des centaines de participants au défilé se sont rassemblés, avant d’entamer la marche dans les rues du centre de Belgrade.

Brandissant un très grand drapeau arc-en-ciel, les manifestants se sont ensuite dirigés vers la place de la République, 1.500 mètres plus loin, sur un parcours surveillé par un important dispositif policier, a constaté une journaliste de l’AFP.

Environ 2.000 policiers devaient être déployés, soit moins de la moitié des effectifs engagés l’année précédente, selon un des organisateurs de la Gay pride, Goran Miletic.

Deux autres ministres, ainsi que le maire de Belgrade, Sinisa Mali, participent également au défilé.

« C’était difficilement envisageable il y a encore quelques années (…) Dans quelques années, il sera normal d’évoquer des thèmes que nous ne sommes pas prêts à aborder aujourd’hui », a déclaré la cheffe du gouvernement dans une interview publiée dimanche par le quotidien Politika.

« Les frontières de conquête de la liberté bougent et, sur ce plan, notre société a fait de grands progrès ces dernières années », a ajouté Ana Brnabic.

Sa présence au défilé est un geste fort dans ce pays traditionaliste qui négocie son adhésion à l’Union européenne, mais les militants pour les droits des homosexuels attendent surtout de la Première ministre qu’elle agisse en faveur de leurs revendications. Ils réclament notamment l’adoption d’une loi sur le partenariat entre personnes du même sexe.

– ‘Merci pour l’invitation’ –

Selon eux, les préjugés sur les homosexuels restent un problème très répandu dans ce pays d’environ 7 millions d’habitants, majoritairement chrétiens orthodoxes.

Près de 40% de la population serbe estime que l’homosexualité est une maladie, d’après un sondage de l’Institut national démocratique basé à Washington, réalisé en 2015.

Lors de la première Gay pride de Belgrade, organisée en 2001, la police avait tiré des coups de semonce pour disperser des nationalistes et des skinheads qui ont battu et caillassé des participants.

Une autre avait été autorisée par les autorités en 2010, mais elle avait été entachée de violences opposant des manifestants anti-gays aux forces de l’ordre, faisant plus de 100 blessés. Le défilé n’avait pas eu lieu les trois années suivantes.

Les trois derniers défilés se sont déroulés sans incident, mais avec une très forte présence policière.

Proposée à la tête du gouvernement par son prédécesseur devenu président, Aleksandar Vucic, un ultranationaliste converti au centre droit et au rapprochement avec l’UE, Ana Brnabic est l’une des rares personnes ouvertement homosexuelles à la tête d’un exécutif dans le monde et la première en Europe de l’est.

Les militants LGBTI (lesbienne, gay, bisexuel, transgenre et intersexe) sont néanmoins hésitants à qualifier son ascension politique de victoire pour leur cause. Les sceptiques perçoivent ce choix comme un geste de séduction envers l’UE.

Invité par les organisateurs et interrogé en juillet s’il entendait participer à la Gay pride, Aleksandar Vucic avait répondu: « Merci pour l’invitation. Non ».

« C’est à nous, à l’Etat d’assurer que tout le monde se promène où il veut et comme il veut, de garantir à chacun toutes les libertés et les droits. Les représentants du pouvoir, du gouvernement, qui le veulent, sont libres d’aller où ils veulent. Quant à moi, je n’irai pas », avait-t-il dit.

Par Rachel O’BRIEN (AFP)

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